La Hyène, ses Soeurs du Sudri et ses Cousins du Nordri

Il fut un temps où la Hyène rodait dans les Terres du Nordri de notre continent.
Mais, on le sait moins, elle entretenait de bons rapports avec ses Cousins, les Loups ! Et la digne Hyène des cavernes de notre récit avait d'ailleurs décidé d'aller leur rendre visite. Moins par choix que poussée par ses Sœurs vivant au Sudri, des Hyènes tachetées toujours plus dominatrices.

- Depuis ta venue, la meute entière se réjouit de l'exotisme des légendes de tes contrées. Ta compagnie est si divertissante en ces longues nuits d'automne… l'hiver sera encore plus rude après que ses vents glacés t'auront bien malheureusement chassée d'ici.
Le chef des Loups, un sage, avait le propos avenant et déjà mélancolique.
- Je crois que les morsures du froid seront plus supportables encore que les cinglants ricanements de mes Sœurs ! Si votre hospitalité est à l'égale de votre générosité, mon cœur en serait comblé !
- Voilà demande dont nos coutumes ne peuvent qu'exaucer. Sois la bienvenue… et une antre te servira d'abri, une fois nos forces réunies afin d'en barrer l'entrée au méchant ours y vivant…
- … il ne vous importunera plus, j'en fais ici le serment !
Et, en effet, devant l'aspect terrifiant de la mâchoire de la Hyénidé, notre jeune ours n'insista pas !


Ainsi, durant toute la saison froide, l'entente fut des plus cordiale entre nos amis.
La Hyène des cavernes était maligne et aucunes carcasses n'échappaient à son odorat développé. Les Loups dévoraient les chairs et leur cousine n'en réclamait elle, à leur grand étonnement, que les os ! D'ailleurs, le printemps revenant, les Louves étaient toutes pleines de belles portées n'ayant point souffert de la famine…

- Nous te sommes si reconnaissant chère cousine ! C'est avec le cœur lourd que nous allons déplorer ton départ après tant d'aventures et de chasses fructueuses…
- … heu, c'est que j'escomptais trouver compagnon et faire cause commune en ces terres !
Le chef de la meute de Loup, pas si sage après tout, ne goûta que fort peu la blague.
- Mais Hyène tu es ! Ce domaine n'est pas le tien et nos moeurs ne sont pas de ta nature, navré !
Un invité apprécié sait partir au plus tôt,
Ne s'attardant point :
Il commence à être dégoûtant celui qui outrepasse sa bienvenue
Dans la demeure d'autrui !

Ainsi il serait bien fâcheux que l'on garde un mauvais souvenir du temps passé ensemble…


On ne su jamais qui des crocs retroussés des Loups ou de l'infini tristesse gagnant le cœur de notre pauvre amie la fit fuir. Toujours est-il qu'elle ne foula jamais plus les terres du Nordri ! Abattue et hagarde, elle trouva pourtant la force de parcourir le chemin la séparant de ses Sœurs…

- Mais qui voilà donc de retour ? Un fantôme du passé surgit de l'Ultima Thulé ! Dit l'une.
- Ô mes Sœurs, mon cœur s'emballe à nos retrouvailles. Vos ricanements m'ont manqué et vos querelles n'auront jamais été aussi mélodieuses et mélancoliques belles odes tant regrettées !
Les Hyènes tachetées ricanèrent comme à leur habitude mais point de joyeuses bontés.
- Je crains, dit une autre, que notre compagnie ne sied pourtant à votre nouveau rang ! Vous voilà revenue avec le pelage épais et soyeux, alors que le nôtre est ras et poussiéreux. Nous, nous sentons la charogne et la proximité, alors que votre seigneurie hume du noble musc du Loup… non, décidemment même si nous sommes Sœurs de sang, ta place n'est plus parmi nous…

Longtemps les pleurs accompagnèrent les pas de notre Hyène, étrangère mal-aimée chez ses Cousins alors en exil puis farouchement rejetée par ses Sœurs se sentant méprisées…
… ainsi aurait-elle du méditer aux propos d'un adage bien connu en les lointaines terres du Nordri :

Bien trop tôt j'arrivais dans moultes demeures
Et trop tard dans d'autres !
Parfois la bière était bue, parfois pas encore brassée ;
L'importun n'est jamais le bienvenue.


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Fables
Littérature

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